Capitalisation Communautaire du projet BMZ : des résultats significatifs pour l’autonomisation des jeunes, la SDSR et la cohésion sociale
K&A Group revient sur les principaux enseignements de la capitalisation du projet BMZ dans l’Extrême-Nord du Cameroun. L’analyse met en évidence les changements observés en matière d’autonomisation économique, de SDSR, de prévention des VBG, de paix et de cohésion sociale.
LeoneL KWABONG
9/9/20264 min read


Contexte et mission
Le projet « Les jeunes apprennent, gagnent de l’argent et prospèrent dans la région du Lac Tchad », mis en œuvre dans un contexte de fragilité, visait à renforcer la résilience des adolescents, des jeunes et des communautés confrontés à des vulnérabilités économiques, sociales et sécuritaires.
La capitalisation avait pour objectif de documenter les changements significatifs générés par le projet, identifier les leçons apprises et les bonnes pratiques, et produire des enseignements utiles pour orienter les futures interventions.
L'analyse s'est intéressée aux changements observés à plusieurs niveaux : individuel, familial, communautaire et institutionnel, dans une logique d'apprentissage et d'amélioration continue.
Objectifs de l'intervention
Le projet s'est articulé autour de trois dimensions complémentaires :
💼 Autonomisation économique et moyens de subsistance
Renforcer les capacités des jeunes et des femmes à développer des activités génératrices de revenus, notamment à travers les formations pratiques en agriculture, élevage, transformation, entrepreneuriat et gestion des activités économiques.
❤️ Santé sexuelle et reproductive et prévention des VBG
Améliorer les connaissances des adolescents et des jeunes sur la SDSR, favoriser le dialogue familial et faciliter l'accès à des services adaptés, inclusifs et sensibles au genre.
🤝 Paix et cohésion sociale
Renforcer le dialogue entre les communautés, prévenir les conflits et améliorer les mécanismes locaux de gestion pacifique des tensions, notamment à travers les comités de paix et les activités réunissant populations hôtes et personnes déplacées internes (PDI).
Zones couvertes
La capitalisation a porté sur les principales zones d'intervention du projet dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, notamment dans :
Mayo-Tsanaga : Mokolo, Koza ;
Mayo-Sava : Mora ;
Logone-et-Chari : Makary, Logone-Birni, ainsi que d'autres localités couvertes par les activités du projet.
L'intervention concernait notamment des jeunes, femmes, communautés hôtes, personnes déplacées internes, leaders communautaires, relais communautaires et structures locales.
Approche méthodologique
La capitalisation s'est appuyée sur une approche mixte à dominante qualitative, permettant de comprendre non seulement les résultats obtenus, mais également les mécanismes ayant contribué aux changements.
Trois principales méthodes ont été mobilisées :
Most Significant Change (MSC) : pour documenter les changements vécus par les participants ;
Focus Group Discussions (FGD) : pour analyser les perceptions collectives et les dynamiques communautaires ;
Key Informant Interviews (KII) : pour recueillir les analyses des acteurs clés et comprendre les facteurs de réussite, les limites et les perspectives de durabilité.
Principaux résultats et changements observés
👤 Au niveau individuel
La capitalisation montre une amélioration des connaissances, compétences et comportements des participants.
Les jeunes et les femmes ont notamment renforcé leurs connaissances en SDSR, prévention des violences, agriculture, élevage et activités économiques. Plusieurs participants ont également rapporté une amélioration de leur confiance en soi, de leur capacité de décision et de leur autonomie économique.
Un changement particulièrement important concerne la communication autour de sujets sensibles, notamment la sexualité. Des participants ont indiqué être désormais davantage capables d'aborder ces questions avec leurs enfants ou leurs pairs.
🏠 Au niveau des ménages
Les activités économiques ont contribué à améliorer les revenus, la sécurité alimentaire et la capacité des ménages à répondre à leurs besoins essentiels, notamment en matière d'alimentation, de scolarisation et de santé.
La capitalisation relève également une amélioration des relations familiales, avec davantage de dialogue et une réduction de certains conflits conjugaux et intergénérationnels.
🤝 Au niveau communautaire
Les activités mixtes, les dialogues communautaires et les mécanismes locaux de paix ont contribué au renforcement de la cohésion sociale.
L'un des changements importants observés est l'amélioration des relations entre populations hôtes et personnes déplacées internes, grâce à des activités économiques et communautaires communes.
Les comités de paix ont également joué un rôle important dans la prévention et la gestion des conflits familiaux, fonciers et communautaires.
🏥 Au niveau des services
Le projet a également contribué à améliorer les interactions entre les communautés et les services de santé, notamment en matière de SDSR.
Les sensibilisations et les activités de proximité ont favorisé une meilleure connaissance des services disponibles et une plus grande confiance des jeunes pour rechercher des informations et accéder aux services.
Les principaux enseignements
La capitalisation fait ressortir plusieurs enseignements importants :
1. La participation communautaire est essentielle.
L'implication des communautés dans la conception, la mise en œuvre et le suivi favorise l'appropriation et la durabilité.
2. L'approche Nexus produit des effets complémentaires.
La combinaison des moyens de subsistance, de la SDSR et de la cohésion sociale permet d'agir simultanément sur plusieurs facteurs de vulnérabilité.
3. Le changement de comportement demande du temps.
Les sensibilisations répétées, adaptées aux réalités locales et portées par des acteurs de confiance sont essentielles pour faire évoluer les normes sociales.
4. Les femmes et les jeunes doivent être considérés comme des acteurs du changement.
Leur participation active aux activités économiques et communautaires contribue à renforcer la cohésion et la transformation sociale.
Bonnes pratiques identifiées
Parmi les pratiques présentant un fort potentiel de réplication figurent :
les formations pratiques en agriculture, élevage et transformation ;
les AGR réalisées en groupe ;
les dialogues communautaires inclusifs ;
les sensibilisations intergénérationnelles ;
les comités locaux de paix ;
les relais communautaires ;
les communications en langues locales ;
l'utilisation des radios communautaires ;
les espaces sûrs pour les jeunes ;
les champs communautaires ;
l'approche participative multi-acteurs.
Conclusion
La capitalisation confirme que le projet a généré des changements significatifs au niveau des individus, des ménages et des communautés, notamment en matière de connaissances, de comportements, d'autonomisation économique, de dialogue familial et de cohésion sociale.
L'un des principaux enseignements réside dans la pertinence d'une approche intégrée combinant moyens de subsistance, SDSR et cohésion sociale. Cette complémentarité a permis d'agir sur des problématiques interdépendantes et de renforcer la résilience des communautés dans un contexte de fragilité.
Toutefois, la capitalisation souligne la nécessité de renforcer le suivi post-formation, l'inclusion des groupes vulnérables, les mécanismes de redevabilité, l'accès aux services et l'accompagnement des activités économiques afin de consolider les acquis.
Cette expérience illustre ainsi la valeur d'une approche fondée sur les données, l'apprentissage et la capitalisation pour améliorer la qualité, la pertinence et la durabilité des programmes de développement et d'action humanitaire.
Pour K&A Group
Cette mission illustre également l'expertise de K&A Group en études, recherche, évaluation, capitalisation, Monitoring & Evaluation (M&E/MERL) et analyse des changements, avec une approche combinant données quantitatives et qualitatives pour produire des informations utiles à la prise de décision.
